(( Miguel Borras ))
Comédien, metteur en scène, professeur de théâtre
Né le 29 octobre 1960
à Bucaramanga, Colombie
Formation :
- C.A. aux Fonctions de professeur d’art Dramatique
- D. E. d’enseignement du Théâtre
- Maîtrise de théâtre « Réflexions autour d’une pratique de clown » (Université Paris III)
- Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de Paris (Mario Gonzalez, Claude Regy)
- Stages avec Philippe Gaullier (clown, masque)
- Atelier avec Alain Gautré (clown)
- Laboratorium Théâtre de Pologne (Rischard Scieslack)
- El Teatro Libre de Bogota
Une tournée internationale avec le Teatro libre de Bogota le conduit des Etats-Unis en Chine, puis en Europe, où il choisit de s'installer en 1984. En tant que comédien, il joue au théâtre et au cinéma, notamment en 2005, dans le film Blanche de Bernie Bonvoisin aux côtés de Carole Bouquet et Jean Rochefort.
En 1990, il fonde avec Philippe Guérin et André Bonnet la compagnie Théâtre du Bout du Monde. Directeur artistique au sein de cette compagnie, il crée 26 spectacles mêlant arts de la rue expression théâtrale et musique, tous joués en Région parisienne et en tournées nationales.
Son travail de création interroge le corps et ses capacités expressives. C’est aussi cela qui le pousse à s’intéresser à la mise en espace de concerts de musique contemporaine, spectacles commandés notamment par l’ARIAM Ile de France et l’ADDM 22.
Son désir d’ouverture et son attirance vers le mélange des genres artistiques (musique, clown, arts de la rue) l’a conduit à mener des ateliers de pratiques théâtrales auprès de publics amateurs de catégories socio-éducatives diverses (jeunes, enfants, adultes ) Certains de ces ateliers se poursuivent par des mises en scène : il en est ainsi de la «Maison de Bernarda Alba» de F. Garcia Lorca qu’il monte en 2007 pour la Maison des pratiques artistiques en amateur de l’Auditorium Saint Germain des Près, à Paris.
>> Entretien vidéo Miguel Borras, à propos de "La maison de Bernarda Alba"
(( Questions à Miguel Borras ))
Quel est votre parcours professionnel ?
J’ai goûté au theâtre à l’age de 11 ans et depuis, celui-ci est devenu mon activité principale. Au fond j’aime tout dans le théâtre : la pédagogie, le théâtre de rue, la théorie du théâtre, l’animation socioculturelle, les projets les plus fous et même les minables. Depuis l’age de 19 ans, je vis pour le théâtre et c’est le théâtre sous toutes ses formes qui me fait vivre : comédien au cinéma, au théâtre, clown de rue, échassier, Père Noël dans les centres commerciaux, metteur en scène, conférencier sur le théâtre, fakir dans les campings municipaux de Narbonne et Perpignan, récitant pour des spectacles musicaux, etc.
Elève au Conservatoire de Paris en 1986/87, je suivais en même temps l’école de cirque d’Annie Fratellini. Avant cela, j’ai participé au dernier atelier de Riszard Scieslak l’élève et comédien fétiche de Jerzi Grotowski, seul maître respecté de Peter Brook. Je suis influencé par cette ligne de théâtre où le comédien est plus important que le décor et où le corps et les gestes prédominent sur le texte. En Colombie, dans les années 80 c’est l’engagement politique et le maoïsme qui guidait nos choix : nous, El Teatro Libre de Bogota, avons été les pionniers du théâtre engagé en Colombie. Nous amenions le théâtre là où il n’allait jamais, dans des salles de billards ou dans des stades à la lueur de phares de voiture ou de lampes à pétrole. Cette idée est restée : vulgariser la pratique du théâtre et faire en sorte qu’elle ne soit pas réservée à une élite.
Je voulais faire du théâtre parce que c’était comme l’expérience de la vie sans les conséquences : je peux tuer quelqu’un sur scène mais je n’irais pas en prison. J’aime le beau, le bien fait sur scène. Je soigne mes mises en scène et j’adore diriger les comédiens avec douceur mais ténacité. Je suis devenu metteur en scène après 5 ans d’expériences dans l’enseignement de la pratique théâtrale. Cela me semblait logique. Et la comédie ? J’aime toujours joué mais pas dans mes propres mise en scènes.
Quel théâtre souhaitez-vous développer au sein de la compagnie ?
J’aime le théâtre bien fait et je souhaiterais développer cette idée. C'est-à-dire un théâtre où le jeu des comédiens me transporte, où les images créent un langage universel compréhensible par tous. Je crois que le théâtre sert aussi à autre chose qu’à faire du théâtre. Le théâtre sert à la vie et à la construction des êtres. Je voudrais diffuser les valeurs suivantes :
- L’hétérogénéité est plus riche que l’homogénéité.
- Faire du théâtre sert à se construire et se re-construire
- Il faut responsabiliser les gens et surtout les comédiens. Un comédien n’est pas un enfant. Il ne faut pas infantiliser les artistes.
- Il ne faut pas faire de compromis dans l’esthétique du théâtre. Autrement dit, je ne cherche pas à plaire par tous les moyens. La forme d’un spectacle doit être en relation avec son contenu pas avec ses producteurs.
- Moins de décor et plus d’émotions, moins de texte et plus de corps.
- Nous sommes une compagnie atypique et nous voulons le rester.
Quelle méthodologie appliquez-vous dans vos créations et au sein des ateliers ?
D’abord je m’éloigne du texte, je le dynamite, je le fais à l’envers, à contre-sens et, petit à petit, je reviens vers l’œuvre, enrichi par l’expérience et en ayant un point de vue. Les comédiens, je les dirige avec une extrême douceur ; presque imperceptiblement, je laisse, des fois, penser que je ne dirige pas, j’ai de la patience et en même temps, je leur demande de plus en plus. Je soigne très particulièrement la dynamique du groupe. J’exige le respect des uns envers les autres. Je cherche à établir un collectif de création et souvent je réussis. Je ne suis pas autoritaire, mais je suis exigeant.
« L’art pour tous » est-il une utopie ?
Une très grande utopie. Mais il faut croire aux utopies comme nous croyons à l’amour. Comme disait Lacan, c’est donner quelque chose à quelqu’un qui ne veut pas forcement la recevoir. Nous amenons de la culture à des populations qui n’en demandent pas. Je trouve nécessaire de voler l’attention des spectateurs, de les détourner de leur quotidien. Nous devons penser que l’art doit être accessible à tous même s’il faut être réaliste : c’est une utopie …..
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