(( La presse ))
1. Une oeuvre de longue haleine, par Nanterre Info, mai 2008
2. Un conte intemporel, par Nanterre Info, décembre 2007
3. Atelier : "La culture des sans", quand l'art fait sens, Arcadi, 2005
4. L'homme en chantier, Cassandre, Hors Série Cassandre / Horschamps, Les Hors champs de l’art « L’art en difficultés, psychiatrie, prisons, quelles actions artistiques ? »
Des vidéos sur le blog :
>> Entretien avec Philippe Guérin
>> Entretien avec Miguel Borras
Une oeuvre de longue haleine
In Nanterre Info - Mai 2008 - N°325 - Magazine municipal d'information
Petit Nanterre.
Le Théâtre du bout du monde propose un événement inédit, du 27 au 31 mai prochains, Tumultes et murmures. La place des Muguets accueillera un chapiteau et ses animations exceptionnelles.
Amateurs en scène! Le coeur du Petit-Nanterre s'apprête à accueillir une semaine de festivités organisée par ses habitants, guidés dans la conception par la compagnie Théâtre du bout du monde (TBM). Implanté depuis quinze ans au Petit-Nanterre, le TBM prépare l'événement depuis 2005. Tumultes et murmures est une création écrite au fil des années, puisée dans les paroles et les émotions des habitants lors d'ateliers. Le spectacle s'inspire de l'oeuvre de Jean Tardieu, L'ABC de notre vie. Le récit se déroule en trois actes et décrit l'impossible union entre deux êtres que tout oppose. De la naissance, en passant par l'enfance pour ouvrir sur l'adolescence, les personnages évoluent et témoignent de la difficulté à vivre ensemble. Cette grande oeuvre populaire réunit petits et grands pour une représentation unique samedi 31 mai 2008.
"Nous nous sommes imprégnés des habitudes du quartier. En travaillant avec les écoles, nous avons compris que ce contact permettait de toucher tout le monde : les ateliers de marionnettes en maternelle nous ont permis de rencontrer les mamans et d'échanger avec elles."
32 mai : un hymne à la vie
Autre appel à la population avec l'organisation d'une journée exceptionnelle : vivre un 32 mai comme vous l'entendez. La compagnie Théâtre du bout du monde recueille toutes les envies, les désirs ou expressions. L'objectif : profiter d'une journée supplémentaire dans l'année (d'où cette dénomination de 32 mai). Pendant une semaine, la place des Muguets sera une scène ouverte à tous les talents. "Nous comptons sur l'improvisation et la spontanéité des habitants pour faire vivre le chapiteau", déclare Philippe Guérin, organisateur de cette semaine participative. Quelques rendez-vous sont programmés mais chacun pourra venir s'exprimer sur scène, sous le chapiteau. Du hip-hop, de la chanson, du théâtre, des marionnettes, du slam, de la danse, de la vidéo, des lectures... Tous les arts de la rue et d'ailleurs se retrouveront pour un bouillon de culture international.
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Un conte intemporel
Article « La Maison de Bernarda Alba », Nanterre Info – P40, Décembre 2007
Un conte intemporel
C’est une première : Miguel Borras, l’un des pères du Théâtre du Bout du Monde, présente sa dernière création à Nanterre, La Maison de Bernarda Alba, de Federico Garcia Lorca.
« Adapter une œuvre classique ne faisait pas vraiment partie de mes projets », clame Miguel Borras, qui signe toutefois la mise en scène de La Maison de Bernarda Alba (Féderico Garcia Lorca, 1936), prochainement à l’affiche de la salle des fêtes. Le trublion, qui n’en est pas à sa première création, est l’un des trois membres fondateurs de la compagnie du Théâtre du Bout du Monde (avec André Bonnet et Philippe Guérin) qui a élu domicile, depuis 2005, à Nanterre, quartier du Petit Nanterre. Fondée il y a quinze ans à Antony (92), cette troupe mène plusieurs initiatives dans le champ du « socioculturel participatif ». Tandis que Philippe Guérin (lire encadré) s’ingénie à tisser des liens sensibles et créatifs entre les populations dites fragilisées, Miguel Borras se consacre plutôt au façonnage de spectacles « à forte teneur artistique ». Interprétés par des acteurs amateurs et professionnels, ses œuvres (Le Temps est bien parti pour rester et Du Coq à l’âme, en 2005, notamment) fédèrent un vaste public et cristallisent les enthousiasmes.
L’homme interdit
« C’est par hasard que je me suis replongé dans l’œuvre de Garcia Lorca, explique le metteur en scène. Un ami qui travaillait sur La maison de Bernarda Alba m’a demandé de reprendre le flambeau. Colombien d’origine, j’ai toujours estimé l’engagement de cet auteur espagnol et cette proposition, associée à la dimension contemporaine du texte, a su trouver écho en moi. » Drame écrit dans les prisons franquistes, en 1936, La maison de Bernarda Alba dénonce avec force les funestes cangues de la société traditionnelle espagnole où « naître femme est le pire des châtiments » (extrait). Quelques mois avant d’être fusillé par la Phalange franquiste, Federico Garcia Lorca livrait un texte universel sur la condition de la femme et la morale religieuse. En résumé, Bernarda Alba, abominable marâtre, décide à la mort de son mari de cloîtrer ses cinq filles pour un deuil de huit ans. L’amour, la frustration, l’espoir sont les grands thèmes de cette pièce qui finit tragiquement.
Quelle touche Miguel Borras apporte-t-il à ce classique maintes fois monté ? Tout en magnifiant la force poétique du texte, il fait passer, jusque dans les aspects visuels de sa création, la figure de l’homme à jamais banni de cet univers féminin. S’éloignant de la dénonciation sociopolitique directe pour devenir un huit clos intemporel, la rigidité d’une société claustrée n’en apparaît que plus barbare. Et terriblement actuelle.
Suzanne Lagotte.
Du 31 janvier au 3 février, salle des fêtes de Nanterre. A noter, la compagnie présente, chaque premier lundi des mois pairs, quelques fragments de ses projets en cours, lors de ses Tbohémiens.
Tél : 01.47.84.23.38
Résultat, le 32 mai 2008…
Depuis 1995, le metteur en scène Philippe Guérin a fait du Petit Nanterre son terrain de prédilection. Spécialiste des projets culturels à forte teneur sociale, il y déploie nombre d’initiatives, notamment des ateliers de théâtre, destinées aux habitants du quartier. Un travail de fourmi mené en partenariat avec le Centre d’accueil et de soins hospitaliers, les deux centres sociaux, les associations et les écoles. Tumultes et murmures, lancé en 2005, est le grand chantier en cours. « Une création qui a été écrite au cours d’innombrables ateliers, par tous types de population et dont le point d’orgue sera la représentation publique, sous un immense chapiteau, le 31 mai 2008 » précise l’artiste. Ainsi lors de ce 32 mai 2008 (c’est l’improbable nom donné à cette manifestation inédite), la Place des muguets deviendra scène géante où tous les comédiens amateurs défileront. Le spectacle, fortement inspiré de L’ABC de la vie de Jean Tardieu, se veut hymne à l’existence. Découpée en trois actes (naissance, enfance, adolescence), cette œuvre populaire sera l’aboutissement du travail d’un quartier entier de la ville.
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Atelier : La culture des "sans", quand l'art fait sens
JEUDI 17 FÉVRIER 2005
Voir le compte-rendu ici
Participants
Jean-Claude Amara, cofondateur de Droits devant ! À été l’instigateur, au travers de l’expérience de la rue du Dragon, d’une forme d’université populaire et de partage des savoirs et des pratiques. Avec les Tréteaux de la colère, il anime une troupe de militants de Droits devant ! traduisant théâtralement les actions et les prises de position de l’association.
Gilbert Bourébia, directeur artistique de la compagnie du Mystère Bouffe, a été initié à la Commedia dell’Arte par Carlo Boso. Saxophoniste et percussionniste, son engagement artistique et social l’a également conduit à créer et à organiser de nombreux événements et festivals, toujours en accord avec la volonté d’une approche pluridisciplinaire.
Laurence Falzon est scénographe de l’exposition « Pauvres de nous », présentée en janvier 2004 au Musée de l’Homme et construite avec les Compagnons d’Emmaüs, qui mettait en scène la réalité de la précarité actuelle au travers de documents et de travaux artistiques, dont les photographies d’Olivier Pasquiers.
Philippe Guérin est metteur en scène intervenant auprès du Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, où il mène un atelier théâtre avec des personnes en situation de grande précarité, en partenariat avec le Théâtre des Amandiers de Nanterre.
Pierre Outteryck est chargé de mission au Secours Populaire pour l’accès de tous aux manifestations culturelles, dans le cadre de la campagne « La culture ça change ta vie ! »
Daniel Paris-Clavel est coordinateur du journal Existence !, organe de l’Association pour l’emploi, l’information et la solidarité des chômeurs et des précaires (APEIS), fait en complicité avec l’association Ne pas plier.
Kazem Shahryari, auteur et metteur en scène d’origine kurde iranienne, traite dans plusieurs de ses pièces, dont Départ et arrivée, la question de l’exil.
Patrice Spadoni, réalisateur, est responsable de Canal Marches, association créée dans le sillage des marches européennes de 1997, qui a produit plusieurs documents qui permettent de mieux connaître l’aventure des marches et d’écouter des « sans voix » d’Europe.
Actes
Transcription réalisée par Caroline Gilletta
Modérateurs : Valérie de Saint-Do, directrice adjointe de Cassandre/Horschamp; Nicolas Roméas, directeur adjoint de Cassandre/Horschamp
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Article Cassandre "L'homme en chantier"
Article « L’homme en chantier », Par Annabelle Weber, Collaboratrice de Cassandre, paru dans Hors Série Cassandre / Horschamps, Les Hors champs de l’art « L’art en difficultés, psychiatrie, prisons, quelles actions artistiques ? »
L’homme en chantier
Il est des lieux où l’on se sent, selon l’expression d’Alfred Jacquard, « frères en humanitude ». L’atelier théâtre animé au Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre par le comédien et metteur en scène Philippe Guérin est l’un d’entre eux. Depuis dix ans, il s’investit au sein de cette institution unique, où il travaille aujourd’hui plus particulièrement avec les résidents du centre d’accueil. Ces personnes qui, dans leur majorité, traversent de grandes difficultés, tant économiques que sociales, explorent des œuvres classiques et contemporaines pour y trouver des éléments de résonances avec leur propre vécu. Le théâtre se voit ici mis au service d’une reconstitution de soi.
Le Cash : une institution originale et hybride
En 1874, le département de la Seine fait construire une maison de répression à l’écart du bourg, au nord du territoire. Ce sera la Maison départementale de Nanterre, achevée en 1887. « Dépôt de mendicité », elle accueille les détenus condamnés pour mendicité ou vagabondage, notamment ceux transférés de la prison de Saint-Denis devenue vétuste. Elle reçoit aussi des femmes enfermées par « voie de correction paternelle » et des indigents hospitalisés.
Elle perd sa fonction carcérale après son classement en 1907 parmi les hôpitaux susceptibles de recevoir des infirmes bénéficiaires de l’assistance obligatoire, pour devenir un centre d’accueil des indigents auquel seront adjoints une maison de retraite et un hôpital. Rebaptisée en 1989 Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre (Cash), elle devient un établissement public à caractère social et sanitaire, dont la gestion relève toujours de la préfecture de police et constitue et un cas unique en France.
Le Cash se divise aujourd’hui en trois structures : un hôpital général, une maison de retraite accueillant les anciens résidants de l’établissement et un centre d’accueil. Celui-ci comprend le Centre d’hébergement et de réadaptation sociale (CHRS), le Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) et le Centre d’hébergement et d’assistance aux personnes sans abri (Chapsa), où sont conduits les SDF recueillis par la Brigade d’assistance aux personnes sans abri de la préfecture de police (Bapsa), par le Samu social, police secours ou les cars de la RATP.
La présence de ces différentes structures fait du Cash de Nanterre une institution originale et sans équivalent. De fait, le Cash n’a en effet jamais appliqué la loi promulguée en 1975 qui institua en France la séparation définitive du médical et du social. Les sans-abri hébergés pour la nuit au Chapsa peuvent bénéficier de soins hospitaliers au même titre que tout citoyen, pratique de moins en moins fréquente dans les hôpitaux publics soumis à des logiques économiques déshumanisantes. Ils ont également la possibilité d’intégrer le CHRS et de s’engager sur le chemin d’une éventuelle réinsertion sociale.
De la prestation de clown au Théâtre des amandiers
Le Cash organise depuis 1993 des activités culturelles et artistiques pour ses résidants. En 1995, Philippe Guérin fut sollicité pour effectuer une prestation de clown dans l’unité de long séjour de l’hôpital. Celle-ci fut chaleureusement reçue, tant par les patients que par le personnel. On lui proposa d’animer un atelier hebdomadaire à la maison de retraite. Il y développa pendant un an un travail de « réactivation de la mémoire » à l’aide d’objets familiers aux personnes âgées. A force de manipulations, il les invitait à faire appel à leur imaginaire pour détourner ces objets de leur fonction initiale. Un éducateur du CHRS qui assistait aux séances proposé d’y faire participer des résidants d’autres secteurs, notamment du CHRS et du Chapsa.
« Par le théâtre, je peux exprimer des choses que je ne peux pas dire ailleurs », déclare Jean-Marc, l’un des participants. Les premières années, Philippe Guérin s’est évertué à leur donner simplement la parole, élément capital pour des personnes en proie à une extrême solitude, et à structurer les propos recueillis pour en faire de courtes situations de jeu.
La ville eut vent de l’atelier et un premier partenariat fut mis en place en 1998 avec la bibliothèque de l’établissement. Des auteurs contemporains furent régulièrement invités au Cash pour y présenter l’une de leurs œuvres, revisitée en parallèle par l’atelier.
A partir d’improvisations, Philippe Guérin invite ses comédiens à établir des relations personnelles entre leurs histoires personnelles et les fictions des auteurs, pour arriver finalement à une création collective inspirée de cette confrontation et présentée en public. Sont ainsi intervenus, entre autres, Ahmed Kalouaz, Jean-Pierre Cannet, Maïté Pinero…
Ces rencontres furent, dans l’ensemble, riches et fructueuses, exception faite d’une expérience malheureuse avec l’écrivain Jean-Claude Grumberg. Celui-ci n’admit pas que l’on dénature son texte et réagit très violemment. Certains participants furent choqués de sa réaction et quittèrent l’atelier pour ne plus y revenir. Erreur de casting ? Mauvaise présentation de la démarche menée par Philippe Guérin au Cash ? Quoi qu’il en soit cette mésaventure fut un énorme échec pour l’atelier et signa l’arrêt des collaborations avec les auteurs. Cependant, comme le signale Philippe, « cette épreuve m’a ramené à une forme de réalité : personne n’est obligé de venir travailler avec les gens du Cash… »
L’atelier poursuit néanmoins son travail. En 2003, le Cash signe une convention avec le Théâtre des Amandiers et la ville de Nanterre, dans le cadre du programme national Culture à l’hôpital. Celle-ci vise, d’une part, à faciliter l’accès des résidants aux spectacles présentés au théâtre et, d’autre part, à permettre la rencontre avec les comédiens. Elle stipule que le travail de l’atelier devra être relié à la programmation du théâtre. C’est avec la pièce Catégorie 1.3 de Lars Noren, mise en scène par Jean-Louis Martinelli, qui venait de prendre ses fonctions de directeur des Amandiers, que ce partenariat débuta. La pièce fut travaillée par les membres de l’atelier, qui en donnèrent leur propre lecture. Ils rencontrèrent les comédiens qui travaillaient à la création de la pièce. Ces entrevues furent l’occasion d’échanges très forts. « Alain Fromager jouait un alcoolique. Dans l’atelier, un homme, alcoolique non repenti, travaillait lui aussi ce personnage. Une relation s’est établie entre eux : ils se sont alimentés l’un l’autre, à parité. »
Le théâtre, instrument de reconstruction de l’humain
L’atelier théâtre du Cash est un espace ouvert, chaque personne peut décider d’y entrer, de le quitter et d’y revenir. Si, aujourd’hui, certains de ses membres sont parvenus à retrouver une autonomie, tous ont rencontré, à un moment de leur vie, des difficultés qui leur ont fait perdre pied et les ont menés au Cash. « Mon but, explique Guérin, est de leur permettre de trouver dans les textes des situations qui seront jouées à partir d’éléments de leur propre vie. »
Une constante du travail théâtral de Philippe Guérin lui fut inspirée par Ariane Mnouchkine, lors d’un stage au Théâtre du Soleil. Il y acquit ce qu’il considère comme un élément fondamental de toute situation théâtrale, et plus largement de la vie : la notion de conflit. « J’invite les comédiens à chercher en eux des choses qui font conflit, qui grattent, afin qu’ils les donnent au personnage.» Le théâtre n’est autre, selon lui, qu’un instrument de reconstruction de l’être. Le personnel du Cash semble partager cet avis. Des autorisations de rester dans l’enceinte du centre sont accordées aux personnes accueillies au Chapsa et inscrites à l’atelier (les SDF reçus d’urgence au Chapsa doivent théoriquement quitter les lieux au matin).
« Le théâtre est un moyen de faire remonter des choses qui sont à la source des dysfonctionnement faisant obstacle à notre développement. » C’est pourquoi il entretient à dessein la confusion entre le texte et le réel. Les séances s’articulent autour d’improvisations dont la situation de départ émane d’une œuvre. Cette année, l’atelier présentera une création collective inspirée d’un mélange entre le Médecin malgré lui de Molière et Kliniken de Lars Noren, dont l’action se déroule dans un hôpital psychiatrique. Les thèmes sont lourds : exclusion, inceste, folie, altérité, femmes battues… « J’ai une grande responsabilité. Si je lève des lièvres, il faut que je l’assume. Je mets en relation les difficultés avec du symbolique, de l’allégorique, du mythe, afin que la personne décolle de son réel sans pour autant le nier. »
Le travail d’improvisation s’échelonne sur plusieurs mois, à raison de deux séances par semaine. Les paroles fortes formulées par les comédiens sont prises en notes et alimentent l’écriture d’une création originale librement inspirée des pièces ayant servi de base de travail. L’intérêt majeur de cet atelier réside dans le processus de création, et non dans la présentation publique. « On montre la quintessence des moments vécus pendant neuf mois. La présentation n’est qu’une vitrine : on y met le plus beau, le plus douloureux, le plus signifiant. » Mais pour un public qui n’a pas assisté à ce lent processus d’investigation/restitution, le rendu final peut être bien déroutant…
Depuis dix ans, Philippe Guérin e mis en sommeil l’activité de sa compagnie, le Théâtre du Bout du Monde, pour intervenir deux fois par semaine au Cash. « Dans un lieu comme celui-ci, les gens ont des rapports temporels difficiles. Si je m’absente pour partir en tournée, ils perdent leurs repères. » Il n’en éprouve cependant aucune frustration. « Ce travail fonctionne dans la réciprocité. Il me vide, donc il me nourrit. » Un projet plus vaste est à l’œuvre pour bientôt. Il s’articulera autour d’un texte de Tardieu et établira des passerelles entre le Cash et des associations du Petit Nanterre, contribuant à tisser des liens entre les habitants et les résidants. C’est la fonction essentielle de l’atelier théâtre, comme l’explique Emmanuel : « J’étais SDF. Je suis passé par le Chapsa. Ensuite j’ai été hébergé au CHRS. Avec le théâtre, je me suis réouvert au monde. Je me suis resociabilisé. J’ai pu créer des liens. Cet atelier apporte de l’oxygène dans nos difficultés respectives. »
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